
Monte Grappa (Vénétie).
J’ignorais jusqu’à aujourd’hui qu’il puisse exister des cheveux de riche hollandais. Ce dernier m’a pris par surprise lorsqu’il parvint à s’extraire tout en souplesse de sa Porsche 911 couleur rouille garée sur le parking du sanctuaire militaire du Monte Grappa.
En effet, je pensais que le cheveux de riche était une spécialité latine comme la pizza aux anchois ou la zarzuela, mais je me me suis trompé. Errare humanum est…
Ce batave à la crinière argentée respirait la quiétude. Ses mèches soigneusement entretenues terminaient leur course en élégants hameçons qui caressaient sa nuque. Tout était dans le détail et rien n’était laissé au hasard. Il prenait soin de lui, la paire de Persol qui protégeait ses yeux de la lumière crue qui sévissait pouvait en attester. Son menu poignet était entouré d’un fin bracelet or-argent tandis que ses deux mains aux doigts de pianiste tenaient un téléphone pour prendre quelques photos. Il se trouvait exactement à 1775 mètres d’altitude et, à ses pieds, la plaine de Vénétie s’étendait jusqu’à la mer Adriatique.
Finalement, tout bien pensé, il était à sa place.

Peschiera del Garda.
Ce riche, avec ses cheveux argentés, déambule serein au milieu d’une foule de touristes avides de crèmes glacées multicolores. Pourtant, parmi cette nuée bigarrée, il semble seul. Il ne prête aucune attention à ses semblables. Ce n’est pas du dédain ; c’est simplement qu’il s’est extrait lui-même du monde qui l’entoure. Son regard incliné semble chercher quelque chose. Ses lunettes stylées masquent ses yeux, mais l’on perçoit chez lui l’âme du chasseur. Que veut-il ? Que désire-t-il ? Brusquement, sans prévenir, son corps fait un quart de tour sur la gauche, son pas s’accélère quelque peu : il a trouvé ! Une terrasse accueillante lui tend les bras. D’un mouvement souple de la main droite, il aligne savamment une mèche qui se voulait rebelle, puis il prend place. Quelques instants plus tard, une élégante serveuse lui présente un Spritz transpirant. Un sourire narquois trahit une joie retenue. Tout maintenant peut s’écrouler.
Olivier BLANCHON
