
Le Général de Gaulle, effectuant une visite officielle aux États-Unis en avril 1960, notamment en vue de la préparation du sommet de Paris le mois suivant, sommet où les » quatre grands » (France, USA, URSS, Grande-Bretagne) devaient se rencontrer pour évoquer le désarmement et le problème allemand, a demandé au FBI de l’aider à retrouver un homme.
Quand l’Allemagne a envahi la France en août 1914, Bullard avait dix-neuf ans. Il n’avait aucune obligation légale de se battre. Il n’avait pas la citoyenneté française.
Il s’est rendu au bureau de recrutement le 19 octobre 1914 et s’est enrôlé dans la Légion étrangère française.
L’homme qu’il cherchait était un citoyen américain. Il avait soixante-quatre ans. Il avait reçu quinze décorations militaires françaises et, six mois plus tôt, lors d’une cérémonie à Paris, avait été fait chevalier de la Légion d’honneur, la plus haute distinction civile que la France puisse décerner. La médaille avait été épinglée sur sa poitrine par le président en personne, qui l’avait publiquement qualifié de « véritable héros français ». Un vrai héros français.
Le FBI a localisé l’homme en quelques jours. Il faisait fonctionner un ascenseur au Rockefeller Center à New York.
Son nom était Eugene Bullard. Il était né à Columbus, en Géorgie, en 1895, et était le fils d’un homme dont le propre père avait été esclave. Il s’était enfui de Columbus à l’âge de onze ans, après avoir vu une foule blanche sur le point de lyncher son père.
Il passa les années suivantes à vagabonder dans le Sud des États-Unis. À seize ans, il s’embarqua clandestinement sur un cargo allemand à Norfolk, en Virginie. Il débarqua à Aberdeen, en Écosse. De là, il gagna Londres où il apprit la boxe. En 1913, à dix-huit ans, il faisait du catch professionnel à Paris. La presse française commença à l’appeler « L’Hirondelle Noire ».
Quand les États-Unis sont entrés en guerre en 1917, Bullard a immédiatement demandé son transfert vers l’US Army Air Service. Sa demande fut rejetée. L’US Army Air Service avait, en 1917, une politique de non-acceptation des pilotes noirs. Les autres pilotes américains blancs qui volaient pour la France dans son unité furent tous transférés vers l’US Air Service.
Il est mort d’un cancer de l’estomac le 12 octobre 1961, trois jours après son soixante-sixième anniversaire.
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