
Pour se rendre à l’école, le petit Français utilisait naguère les transports en commun, mais à cause du climat d’insécurité régnant dans le pays, c’est son père ou sa mère qui le conduit jusqu’à l’établissement scolaire délabré.
Nul en maths…
La journée commence mal pour le petit Français : deux heures de mathématiques auxquelles il ne comprend rien. Pourtant, chaque année, on abaisse le niveau. Le petit Français ne fait que tapoter, sans succès, les touches de sa calculette. Tandis que le petit Coréen surfe sur les fractions et que le petit Chinois résout n’importe quel problème, le petit Français se demande quel dessin on est en train de lui proposer de résoudre, alors que c’est un problème ultrasimple, comme 1×1 + 1 = 2.
… mais aussi en orthographe
L’orthographe du petit Français est l’un des grands problèmes de société auxquels le pays est confronté. Dans une dissertation d’un petit Français, il y a une faute par ligne. C’est simple : le petit Français ne connaît pas sa propre langue. Il écrit comme il peut une espèce de sabir compréhensible uniquement pour les petits Français comme lui. Le corps enseignant doit se résigner, dans ses notations, à ne pas tenir compte du français approximatif des élèves afin de ne pas mettre, semaine après semaine de cours indigents, que des zéros à toute la classe.
Et même en gym !
On pourrait croire que les défaillances du petit Français dans des matières trop intellectuelles pour lui seraient compensées par de bonnes activités sportives. Traditionnellement, les mauvais en mathématiques et en français se retrouvent en tête dans les matières qui ne demandent, justement, pas de tête. Le petit Français, encore une fois, déçoit ses maîtres. Il court de moins en moins vite. Elle est loin l’époque où les petits Français se précipitaient sur les pistes. On les retrouve, maintenant qu’ils ont grandi, en train de faire le tour du parc Monceau ou celui des jardins du Luxembourg.
Est-ce ce spectacle un peu ridicule – courir alors que personne ne vous poursuit –, qui a découragé les petits Français d’en faire autant ? Le fait est qu’ils n’ont plus de souffle. Leurs mollets sont mous. Ils s’installent sur le premier banc venu – au Luxembourg, ce sont les chaises, plus confortables –, afin de lire les messages envoyés par d’autres petits Français nuls en gymnastique, sur leur téléphone. Ils ne font plus de vélo. Dégoûtés de la bicyclette sur laquelle leurs parents s’agitent dans la position de la danseuse ? Le petit Français est le Français de demain, ce qui nous vaudra une multitude de pamphlets dénonçant la décadence française, grand thème fasciste des années 1930 du siècle dernier.
Patrick BESSON
