Ceux qui savaient…

QUI SCIEBANT, TACERE MALUERUNT.
(Ceux qui savaient ont préféré se taire.)…

Cela me ramène à mes années de latin, celles qui me faisaient souffler, mais qui structuraient mon esprit.
Quand Cicéron se levait au Sénat, ce n’était jamais pour jouer les surpris.
Il savait.
Tout le monde savait.
La vraie question n’a jamais été :
« Comment cela a-t-il pu arriver ? »
La vraie question est plus inconfortable :
« Qui avait intérêt à ne rien voir ? »
On ne protège pas un homme par bonté.
On protège un réseau.
Des silences.
Des dettes.
Des intérêts trop imbriqués pour être dérangés.
On ferme les yeux non par ignorance,
mais parce que voir oblige à agir.
Et agir expose.
Et agir dérange.
Et agir coûte.
Alors on laisse prospérer.
On appelle cela prudence.
On appelle cela stabilité.
On appelle cela responsabilité.
Jusqu’au jour où tout devient public.
Et là, soudain :
Personne ne savait.
Personne n’avait vu.
Personne n’aurait pu imaginer.
Vraiment ?
Rome savait.
Nous savons aussi.
La question n’est pas de savoir qui est tombé.
Cela, c’est derrière nous.
La question est plus troublante :
Qui prospère encore aujourd’hui parce que cela arrange tout le monde ?
Et surtout —qu’est-ce que nous acceptons de ne pas voir ?
 

Marie Hélène PEYRE, chroniqueuse
(Post LinkedIn de février 2026)