La lettre de déraison (3)

Lettre à mes amis musulmans qui votent LFI

François Vannesson

François Vannesson

Avocat – Droit, stratégie, langage – Plume des autres, pamphlétaire de soi, sans concession ni confusion

Mes chers amis,

Je ne comprends pas. Et croyez-moi, j’ai essayé.

J’ai retourné le problème avec la patience du joaillier qui examine la pierre avant son verdict.

Le verdict est tombé : c’est du toc.

Votre vote est un faux en écriture spirituelle, un chèque signé de la main qui prie tiré sur le compte de tout ce en quoi vous croyez.

Je sais pourquoi vous votez LFI.

La Palestine vous brûle : 83 % d’entre vous la citent comme déterminante.

Les discriminations vous rongent : 78 %.

Le pouvoir d’achat vous étrangle : 76 %.

L’école de vos enfants : 73 %.

Je sais le CV au prénom de Mohamed classé sans suite, le 23,4 % de chômage dans vos quartiers contre 8,9 % ailleurs, le regard oblique, la DRH qui trie par adresse postale.

Je sais que vos pères ont inscrit la gauche dans leur ADN parce qu’elle les regardait comme des hommes ( en vrai seulement comme des électeurs) alors que la droite comme de la main d’oeuvre ou de la délinquence.

Je sais le vote contre Le Pen et Zemmour. Je sais les boucles WhatsApp, les mosquées mobilisées, Rima Hassan placée sur la liste européenne avec le cynisme du stratège qui tarifie chaque larme.

Votre souffrance est réelle. Votre colère est légitime. Mais avez-vous lu le programme ?

Commençons par le voile, puisqu’il est votre talisman électoral.

Votre droit à le porter, Mélenchon s’en fait le héraut. Fort bien. Mais savez-vous ce que pèse le voile dans la hiérarchie de votre propre jurisprudence ?

Les versets qui fondent l’obligation du hijâb sont la sourate 24:31 et la sourate 33:59. Deux versets. Dont l’interprétation exacte, la portée, l’étendue, font l’objet de divergences savantes depuis quatorze siècles, certains oulémas y voyant une obligation stricte de couvre-chef, d’autres une injonction générale de pudeur vestimentaire.

Le voile n’est pas un pilier de l’Islam. Il ne figure pas parmi les cinq arkân. Son omission, même chez ceux qui le tiennent pour obligatoire, n’est pas comptée parmi les péchés majeurs, les kabâ’ir, ceux qui font trembler les colonnes du Trône.

Et maintenant, ouvrons le programme de LFI et confrontons-le à ce qui, dans votre Loi, relève précisément des kabâ’ir, des interdits majeurs, de ces transgressions que le Coran condamne non pas en deux versets débattus mais en sourates entières, avec la force cataclysmique du châtiment divin.

L’homosexualité : quatre sourates, 7, 26, 27, 29.

Le peuple de Loth anéanti par le feu céleste. « Vous assouvissez vos désirs charnels avec les hommes au lieu des femmes ! »

Quatre écoles unanimes, pas un cheveu de divergence en quatorze siècles.

Dans la hiérarchie des maqâsid ash-sharî’a, les finalités de votre Loi sacrée, la préservation de la lignée (nasl) occupe le quatrième rang sur cinq.

LFI veut constitutionnaliser le mariage homosexuel et « l’autodétermination du genre ». Vous laissez le voile, obligation discutée, déterminer votre vote pour un parti qui promeut ce que le Coran foudroie sans la moindre ambiguïté exégétique.

L’euthanasie : « Ne vous tuez pas vous-mêmes », sourate 4:29.

Le blessé qui s’ôte la vie privé du Paradis dans al-Bukhâri. La préservation de la vie est le deuxième objectif de la sharî’a, juste après la préservation de la religion. Le sabr, patience devant l’épreuve, vertu cardinale de votre foi.

LFI a voté l’aide à mourir avec cinquante amendements et un enthousiasme « total ». Et l’on ne peut parler de « choix » tant que les soins palliatifs restent faméliquement financés et la loi Claeys-Leonetti inappliquée.

Vous troqueriez le deuxième maqsad de votre Loi contre le droit de porter un tissu sur la tête ?

L’avortement :

L’école malikite, celle de vos pères maghrébins, l’interdit dès la conception sauf péril mortel. Sourate 2:205. Atteinte directe à la préservation de la progéniture.

LFI en fait un droit constitutionnel absolu.

La GPA : « Leurs mères ne sont que celles qui les ont enfantés » (58:2).

L’Académie du fiqh de Djeddah condamne. LFI prépare la légalisation.

La propriété : « Les biens d’un musulman sont aussi inviolables que son sang. »

Ibn Khaldûn contre Trotsky. Le cinquième maqsad, la préservation du patrimoine (mâl), contre un programme classé extrême gauche par le Conseil d’État.

Récapitulons donc avec la froideur de l’algébriste.

Le voile : deux versets, interprétation disputée, obligation non classée parmi les kabâ’ir.

En face : homosexualité (quatre sourates, châtiment divin, unanimité des écoles), euthanasie (interdit coranique explicite, deuxième maqsad), avortement (interdit malikite dès la conception), GPA (violation de la filiation coranique), spoliation de la propriété (cinquième maqsad).

Vous sacrifiez cinq interdits majeurs pour sauver une obligation mineure. C’est comme si un homme refusait scrupuleusement le porc et acceptait joyeusement qu’on empoisonne tout le reste du repas.

Et la Palestine ?

La cause est juste, nul ne le conteste. Mais le conflit israélo-palestinien tel que LFI l’instrumentalise n’est l’objet d’aucun commandement divin.

La « Terre Sainte » figure dans le Coran, certes, en sourate 5:21 et en sourate 17:1 avec la Mosquée al-Aqsa. Mais aucun verset ne prescrit de voter pour un parti athée matérialiste afin de la défendre. Et s’il faut aller sur ce terrain, la sourate 5:21, la plus explicite, promet la Terre Sainte… aux Enfants d’Israël.

Ironie que vos imams silencieux se gardent bien de commenter.

La Palestine n’est ni un pilier de l’Islam, ni un interdit, ni une prescription cultuelle. C’est une cause politique. Et pour cette cause non prescrite, vous piétinez des interdits qui, eux, relèvent de la Loi révélée.

Mélenchon déclarait en 2010 :

Ne se trouverait-il qu’une femme voilée, ce serait encore une de trop.

En 2015 :

Je conteste le terme d’islamophobie.

Puis l’IFOP passe : 69 %, jackpot. On retourne la veste, on défile avec le CCIF dissous, on purge Kuzmanovic. Houria Bouteldja a trouvé le mot : « butin de guerre ».

Le butin, c’est vous.

Vous vous prosternez cinq fois par jour, vous jeûnez du lever au coucher du soleil, vous vérifiez le halal de chaque bouchée, et vous votez pour un programme qui promeut chaque harâm majeur de votre Livre.

Vous le faites pour un voile dont l’obligation est disputée.

Vous le faites pour une cause géopolitique qui n’est pas un commandement divin.

Vous le faites contre des interdits qui, eux, sont gravés dans le Coran avec la permanence du diamant.

La minutie sur l’accessoire, l’aveuglement sur l’essentiel.

Le scrupule sur le dhâhir, la capitulation sur le bâtin.

Dimanche, second tour.

Vos communes.

Une question que personne ne vous pose parce que les uns ont peur de vous et les autres ont besoin de vous : Le voile et la Palestine valent-ils que vous votiez contre les maqâsid de votre propre Loi sacrée ?

Votre réponse ne me regarde pas.

Elle regarde Celui devant qui, un jour, nul bulletin, nulle fusion de listes et nulle cause géopolitique ne pourra s’interposer entre votre conscience et Son regard.

François